Le 2 octobre 2015, je réalisais un de mes rêves d’enfance. C’était le lancement officiel de mon premier livre « Chroniques d’une musulmane indignée ».

Le matin du 1er janvier 2013, au réveil, je suis tombée sur le commentaire d’un ami sur Facebook qui me demandait amicalement si je ne serais pas devenue misanthrope par hasard. Misanthrope ? Je me suis alors dit qu’il était peut-être temps que j’écrive quelques pages sur ce qui a contribué à façonner mes positions sur les diverses questions sociopolitiques actuelles, et qui me valait d’être perçue autant comme islamiste par les uns-es, qu’hérétique par les autres…ou encore même misanthrope ! Ce jour-là, et les 21 mois qui ont suivi, se sont succédées des vagues d’écriture, de réécriture, de confusion, de lassitude, de re-motivation, de silence, puis de blitz rédactionnel.IMG_5447 (2)

L’écriture sur soi est à la fois facile et éprouvante. Facile car je crois que nous connaissons notre vie (et non nécessairement « nous nous connaissons ») mieux que nous ne connaissons tout autre sujet. Mais cette même vie peut comporter des évènements si lourds d’émotions qu’ils réveillent nos peines, en veilleuse, lorsque nous les tra
çons sur papier et à chaque fois que nous les révisons. Mais la représentation symbolique de ces événements par des mots et l’exposition récurrente à celle-ci réussit-elle peut-être à nous désensibiliser ne serait-ce que partiellement, ou temporairement.

Cela dit régler mes fantômes émotionnels n’était pas mon but en écrivant cet essai. Ce que je voulais d’abord et avant tout, c’était que l’histoire du Québec retienne une autre version des débats liés à l’islam et aux musulmans-es et qui ont secoué notre société, surtout depuis 2004. Il était important pour moi de situer mon analyse dans mon vécu. J’ai alors commencé l’essai par un récit autobiographique sur mon parcours d’immigration, en tant qu’adolescente avec mes parents, et tous les défis que cette expérience comportait: difficultés d’insertion à l’emploi, conflits intergénérationnels, etc. Ce récit progresse au rythme de mes engagements sociaux, militants et professionnels pour pénétrer dans les coulisses des débats sociopolitiques au Québec sur les questions d’immigration, d’islam et des femmes.

Dans la dernière partie du livre (qui constitue en fait presque sa moitié), j’expose mon analyse de divers sujets liés à l’islam au Québec et qui reviennent souvent dans les médias: les musulmanes-alibis, les accommodements et la charte, le foulard, les musulmans-es « modérés-es« , les crimes « d’honneur », et le féminisme islamique.

En écrivant ce livre, je voulais également combler un vide dans la littérature écrite par les femmes musulmanes et disponible au Québec. Sur les rayons des librairies, les récits des musulmanes sont très souvent là pour confirmer l’image de ces femmes « d’Ailleurs » opprimées par « leurs » hommes, et dont la libération n’est possible que si elles se défont des « boulets » de leur culture ou de leur religion, et immigrent vers le « Nord civilisé ». Face à cela, il était donc important pour moi d’apporter une double critique : questionner certaines ‘évidences’ en islam, tout en posant un regard critique sur des réalités sociales québécoises, ou plus généralement occidentales.

 

Chroniques d’une musulmane indignée

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